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Episode 6

L'aventure inattendue 2
Salle de bains

Paru dans la FdC 25 (mars 1991)

John se retrouvait une fois de plus dans une situation invraisemblable, il n'arrêtait pas de maudire cet appareil noir qu'il tenait dans la main. Il aurait bien juré de ne plus s'en servir mais il se doutait bien qu'il lui serait nécessaire une dernière fois. En revanche, ce dont John ne se doutait pas, c'est que cette situation allait le plonger encore une fois de plus dans l'invraisemblance, pour ne pas dire carrément dans la folie. Se trouver dans une salle de bains peut, à priori, sembler normal, mais John n'avait nullement envie de se livrer à quelque ablution que ce soit. De surcroît cette salle de bains lui était apparemment inconnue mais en son for intérieur il avait la ferme impression que certains détails ne lui étaient pas étrangers.

Discernant des voix étouffées de l'autre côté de la porte, il était certain que tôt ou tard une rencontre fâcheuse se produirait. Et malheureusement, il n'avait temporairement plus recours au boîtier pour quitter son inconfortable situation, car ce ne serait pas sans risque tant qu'il ne serait pas refroidi. En effet, il avait voulu tester le translateur spatio-temporel créé dans son laboratoire sur une grande distance. Dans le cas de courts voyages spatiaux ou de bonds temporels, il s'était toujours révélé en parfait état de fonctionnement, mais cette fois-ci il s'en était agi autrement. Le bond dans l'espace avait tellement surchauffé l'appareil que les paramètres de transfert inscrits dans le calculateur atomique en avaient été modifiés. S'il est certain que la logique atomique apporte un incroyable progrès d'intégration et de vitesse de traitement, malgré tout la température de fusion du réseau atomique demeure un problème insoluble. Au delà de deux cent degrés celsius, il se produit un altération irrémédiable. En fait une simple isolation thermique entre les circuits de calcul et les klystrons à micro-ondes aurait certainement résolu le problème mais ils ne l'avaient pas prévu. Sur de longues distances, ceux-ci devaient développer une importante énergie pour vaincre la perméabilité magnétique des matériaux traversés, ce qui provoquait un fort échauffement des klystrons, tout était clair dans son esprit à présent.

John devait à tout prix étudier la situation, c'est donc avec une certaine appréhension qu'il manoeuvra la poignée, celle-ci tourna sans bruit. Il entrebailla alors la porte en observant discrètement la vue qui s'offrait à lui à travers le mince filet de lumière. Stupeur! Une sensation de déjà vu le saisit en observant ce couloir où tout paraissait néanmoins normal, la même sensation que dans la salle de bains mais en bien plus fort. Il entendait maintenant distinctement l'une des voix qui discutaient non loin, mais c'était impossible. Il avait crû reconnaître une voix familière mais lointaine, ce ne pouvait cependant pas être lui, il avait toujours été persuadé qu'il était mort. C'est alors qu'il reconnût la décoration meublant le couloir, elle avait été réagencée et les papiers peints changés, mais tous ces souvenirs étaient brusquement revenus au son de cette voix. Il était déjà venu ici, ou dans un appartement semblable, il y a cinq ans, ceux-ci représentaient une éternité pour lui. En ce temps là, il était encore marié avec Josiane. C'était l'année suivante qu'elle était morte lors d'une lamentable bavure.

Onze heures du soir, Robert était déjà embusqué depuis le début de la nuit dans le grand jardin entourant la maison. Cette attente dans la fraîcheur de la nuit devenait insupportable, les crampes commençant à l'envahir de toutes parts. Les moustiques arrivaient maintenant en masse vers ce repas inespéré, la position de Robert devenait réellement insupportable. Une lumière blanche venait de s'allumer dans la maison, ceci le rassura et il vérifia que son magnum était bien chargé, il en retira la sécurité. Une ombre se déplaçait lentement derrière les fenêtres. La tension était à son comble et Robert sentit qu'il pourrait bien craquer d'un instant à l'autre. Soudain l'ombre apparût à une porte donnant sur le jardin. Robert était trop stressé, il braqua immédiatement son arme vers l'ombre et tira plusieurs balles. La silhouette s'écroula sur le gazon. Satisfait de ce qu'il venait de faire, Robert s'avança avec prudence vers le corps gisant inerte, c'était celui d'une jeune femme de vingt-cinq ans. Une irrépressible envie de vomir se saisit de Robert, c'était trop monstrueux, son cerveau ne pouvait supporter une pareille vue. Il leva gravement le revolver, puis dans un ultime effort et le visage terriblement déformé par l'horreur il se tira une balle dans la tête.

Tout était redevenu calme, John sortit de la grande maison blanche et regarda sans insistance les deux cadavres ensanglantés éclairés par la lueur blafarde de la lune. Il ne s'attarda pas, cette scène lui donnait la nausée. Il se saisit d'un visiophone et appela son ami, le commissaire Brugerts. Ce dernier fût promptement sur les lieux et les deux corps emmenés vers l'institut médico-légal. John se servit un grand cognac, il commençait à reprendre ses esprits. Il avait eu une chance incroyable. Il se doutait bien depuis quelque temps, que Robert cherchait un moyen sûr pour se débarrasser de lui et se marier avec Josiane. Robert n'avait jamais supporté que ce soit John qui fût choisi par Josiane, par dépit il avait cessé ses études de physique pour ne plus voir John et était devenu détective privé. John était content, grâce à sa ruse ces deux comploteurs avaient été supprimés. Il pourrait désormais vivre avec Ursula, la grande suédoise qu'il avait connue il y a quelques semaines à la fac.

C'était il y a quatre ans, mais soudain tout ceci lui semblait brusquement présent. Robert n'était pas mort, du moins cette voix ressemblait étrangement à la sienne. Etait-ce l'oeuvre du destin qu'il soit ainsi propulsé dans un lieu ou il retrouverait un mort vivant en quelque sorte. Que faire? Se montrer ou au contraire chercher à passer inaperçu? John commençait à être inquiet, son satané appareil l'avait peut-être fait changer de monde, Ursula avait-elle disparu de sa vie, remplacée par Josiane. Etait-il mort? Ayant alors rejoint ceux qui l'étaient déjà... Curieux tout de même d'arriver au paradis par une salle de bains. A moins qu'il soit en enfer, après tout. John était perplexe, complètement perdu dans ses pensées, il n'entendit pas les pas dans le couloir. Un affreux cri d'horreur fût lancé de part et d'autre, il avait vu un fantôme, c'était certain. Ses déductions le poussaient a croire qu'il y avait quelque chose d'illogique dans la situation présente.

Tout allait s'éclaircir. John était maintenant confortablement assis dans un fauteuil, un verre de cognac à la main, tout en discutant calmement avec Robert. La mascarade avait été totale il y a quatre ans, John avait bien crû maîtriser la situation, mais en réalité c'est Robert qui avait toutes les cartes en main. Ce dernier savait que John n'aurait pas le courage d'approcher les corps et qu'il ne pourrait pas distinguer grand chose dans le noir. Quand au commissaire Brugerts et au médecin légiste, ils étaient du côté de Robert grâce à de menus services et à une certaine somme d'argent. John avait tout compris, il se rendit compte qu'il avait été manipulé depuis le début, il n'en aurait jamais rien su sans cette panne du translateur. Allongée sur le canapé, Josiane venait de se réveiller, il lui fallût de nombreuses minutes pour sortir de sa stupeur, elle s'était évanouie en voyant John dans le couloir.

Ce fût ensuite au tour de John d'expliquer comment il était arrivé ici. Ce faisant, il regardait autour de lui, les meubles étaient les mêmes mais l'appartement était différent, Robert avait déménagé et probablement changé de nom, John ne savait nullement où il était. Le regard de Robert se fit dur.
-Mais alors, personne se sait que tu es ici?
-Personne.
-Alors... Je suis désolé John, mais je tiens à préserver ma tranquillité.
Et Robert dégaina son magnum. Saisi de panique, John prit instinctivement le boîtier noir dans sa main, peut être fonctionnerait-il à nouveau? Les deux hommes pressèrent en même temps, l'un une détente, l'autre un bouton.

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